jeudi 10 juin 2010

l'empreinte

Enfant aimé, curieux de tout, sais-tu pourquoi
sur ton visage est un sillon creusé
entre le bas du nez et le milieu des lèvres.
Ecoute donc, c'est un secret.

Dans la maison céleste où tu vivais avant de naître tout n'était que paix et savoir.
Il fallut un jour la quitter.
A l'heure juste, ton père d' En Haut t'a dit:
Va.
Il a ouvert la porte.
Tu as découvert devant toi des chemins innombrables, des monts, des plaines,
des villes, des forêts.
Tu t'es effrayé.
Tu as dit:
Comment vivre dans ce chaos?
Il t'a serré sur sa poitrine.
Tu as senti battre son coeur.
Tu as pensé qu'il ne pouvait te chasser ainsi de sa bienheureuse maison.
Tu lui as dit:
Tout ici est lumière. Que me manque t-il donc.
Ton père a murmuré:
La nuit, l"incertitude.
Tu ne connaissais pas le sens de ces paroles.
Tu as gémi, tremblant:
Qu'y a-t-il donc de si précieux dans le doute, dans les ténèbres?
La foi que rien ne prouve, a répondu ton père, le désir pur, la confiance ignorante.
Pour l'atteindre, mon fils, il te faut oublier nos savoirs infinis.
Il a souri.
Il a murmuré:
Chut!
Il a posé l'index au travers de ta bouche
afin que désormais
tu ne puisses plus dire ce que de toujours tu savais,
puis il t'a poussé dans ce monde.
Ce sillon creusé là, entre le bas du nez et le milieu des lèvres,
vois,
c'est l'empreinte de son doigt.